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Dr Gilles Manquat

Dr Gilles Manquat

Infectiologue

Savoie

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La grippe A H1N1 Article au format PDF

La grippe A H1N1

La grippe mexicaine, la grippe porcine, la grippe pandémique : Quelques informations utiles

La grippe est une maladie infectieuse virale (Influenzae virus) commune très transmissible, réputée bénigne et fréquente qui provoque des signes cliniques connus : fièvre, courbatures, frissons, écoulement nasal, éternuement, toux, asthénie. La durée de la maladie est de quelques jours à une semaine. Le virus responsable de la grippe évolue en permanence en circulant sur la planète au sein de la population humaine et animale ce qui explique que chaque année le vaccin doit être adapté à la structure du virus du moment. Chaque année plusieurs millions de personnes en France ont la grippe et chacun sait qu’une personne atteinte peut transmettre la maladie. La transmission entre humains se fait essentiellement par des projections de sécrétions rhino-pharyngées d’un sujet malade sur les muqueuses nasales ou buccales d’un sujet sain. Cette modalité de transmission implique un contact à moins d’un à deux mètres avec un sujet atteint. L’incubation de la maladie est de quelques jours à une semaine. Un sujet atteint est contagieux de un à deux jours avant l’apparition des signes cliniques jusqu’à leur disparition. Il existe un vaccin contre la grippe et, depuis plusieurs années, un médicament anti-viral.

Chaque année en France il existe une épidémie de grippe dite saisonnière en automne ou en hiver qui atteint 2 à 10 millions de personnes, souvent les enfants qui sont un réservoir et un vecteur importants de la maladie. Bien qu’elles soient peu fréquentes, il existe des formes compliquées de grippe qui atteignent des populations à risque (sujets âgés de plus de 65 ans, immunodéprimés, asthmatiques, diabétiques, porteurs d’une cardiopathie congénitale, prématurés…). La grippe est responsable d’un excès de mortalité de l’ordre de 5000 décès par an. Le vaccin contre la grippe qui doit être renouvelé chaque année pour être adapté à l’évolution du virus est, en France, destiné à prévenir les formes graves. C’est pourquoi les indications de la vaccination anti-grippale sont les populations à risque de grippe grave et les professionnels de santé.

Une pandémie est une épidémie qui se caractérise par un nombre de cas très important et un virus très différent de celui rencontré dans la grippe saisonnière. Cette situation exceptionnelle appliquée à la grippe est survenue trois fois au vingtième siècle : en 1918, en 1957, et la dernière fois il y a quarante ans en 1968. Les conséquences d’une pandémie sont évidemment très différentes de celles d’une épidémie de grippe saisonnière car le nombre de cas est considérable, de l’ordre de la moitié de la population mondiale atteinte. Le virus qui est nouveau se confronte alors à une population qui ne peut pas bénéficier d’une protection conférée par les contacts avec les virus de la grippe saisonnière. De plus la virulence du virus peut être importante comme ce fut le cas pour la pandémie de grippe dite « espagnole » en 1918 qui a été responsable de 40 à 60 millions de morts.
Même si le virus a une pathogénicité qui est équivalente à celle des virus de la grippe saisonnière le nombre très important de sujets atteints implique une augmentation proportionnelle du nombre des complications. Enfin il est possible d’identifier des complications très rares qui ne sont pas observées lorsque le nombre de cas reste limité. Ce fut le cas lors de l’épidémie d’infection par le virus responsable du  chikungounia sur l’ile de la Réunion où des complications jamais observées ont été découvertes du fait du grand nombre de cas.

Un nouveau virus est apparu récemment au Mexique chez des sujets qui ont été initialement contaminés par des porcs. Ce virus nouveau est formé à partir de plusieurs virus provenant des oiseaux, des porcs et des hommes. Il possède la capacité de se transmettre au sein de la population humaine comme le prouve les 1516 cas identifiés au 7 mai 2009 dans plus de vingt pays. À partir de ces cas, il est maintenant possible de déterminer que la virulence du virus est pour l’instant équivalente à celle d’un virus de la grippe saisonnière. Le risque essentiel est donc à ce jour l’augmentation rapide du nombre de cas dans de nombreux pays ce qui conduirait alors à la première pandémie grippale du vingt et unième siècle. On observerait au sein de plusieurs dizaines de millions de cas de grippe en France un nombre beaucoup plus important de complications ce qui posera probablement des problèmes de prise en charge dans les établissements de santé. Il parait donc justifié d’envisager des actions de prévention qui pourraient nous permettre de ne pas être confronté à une telle situation.

Les actions de prévention sont les suivantes :
- Une stratégie d’intervention concertée et commune à l’ensemble des pays concernés : c’est le rôle de l’Organisation Mondiale de la Santé.
- Une identification et un isolement des premiers cas : c’est tout l’enjeu de la période actuelle où tous les pays mettent en place des mesures pour identifier les premiers cas, pour les isoler et les traiter pour qu’ils ne contaminent pas d’autres personnes. Pour l’instant les cas français sont tous en provenance des zones où le virus nouveau est apparu en premier (Mexique, USA) indiquant que le virus ne circule pas encore sur le territoire.
- Le contrôle de la situation de dissémination sera beaucoup plus difficile lorsqu’il existera des cas qui n’ont pas voyagé indiquant que le virus circule en France et qu’il y a probablement des cas non identifiés à l’origine des contaminations.
- La production d’un vaccin contre le nouveau virus : il n’y a pas de difficulté particulière pour produire un vaccin contre ce virus. Le temps nécessaire est de 4 à 5 mois à partir du moment ou les industriels du médicament possèdent la souche du virus.
Il existe malgré tout un risque : d’une part en 5 mois le virus peut avoir suffisamment évolué pour remettre en cause la protection conférée par le vaccin et d’autre part le nouveau virus peut avoir disparu et nous serions alors confronté à la grippe saisonnière avec un virus connu mais vis-à-vis duquel nous ne possèderions pas de vaccin, les capacités de production ayant été entièrement orientées vers le vaccin contre le virus nouveau.
- L’utilisation des médicaments antiviraux : le nouveau virus est pour l’instant parfaitement sensible aux antiviraux utilisables dans cette indication, qui sont stockés en grande quantité depuis l’alerte sanitaire de la grippe aviaire.Une évolution de la sensibilité du nouveau virus aux antiviraux est toujours possible en particulier en cas d’utilisation massive de ces médicaments pour traiter les malades.
Les mesures de prévention individuelles les plus simples applicables par tous :
. La distance de sécurité : se tenir à au moins deux mètres d’un sujet atteint ou susceptible de l’être permet de supprimer la possibilité de transmission par les gouttelettes rhino-pharyngées.
. Des mesures d’hygiène de base : Lavage des mains fréquent en particulier lorsqu’on tousse ou éternue, utilisation de mouchoir en papier que l’on jette immédiatement après utilisation dans une poubelle fermée, protection de la bouche en cas de toux ou d’éternuement, éviter de se toucher la bouche ou le nez en particulier avec des mains non lavées.
. En situation de pandémie (phase 6 de l’OMS) : porter un masque dit « chirurgical » pour éviter de contaminer les autres et se protéger de la contamination par des sujets atteints. Les modalités de port du masque sont très importantes : bien couvrir le nez et la bouche, lorsqu’on touche le masque se laver immédiatement les mains, lorsqu’on le retire ne pas le réutiliser et le jeter immédiatement dans une poubelle fermée puis se laver les mains.
- Si la pandémie survient : le nombre important de cas obligera à prendre des mesures particulières pour éviter l’extension de la pandémie : limitation des déplacements, fermeture de certains lieux collectifs (salle de spectacle, école …), port du masque au cours des déplacements et séjours dans des lieux publics…

A partir de la situation actuelle, différents cas de figure peuvent être envisagés :
- Une évolution rapide vers la pandémie : augmentation dans les deux semaines du nombre de cas avec apparition de nombreux cas sans rapport avec les zones initialement touchées (Mexique, USA).
- Une évolution retardée vers la pandémie : on observerait une accalmie puis une augmentation du nombre des cas pendant la période favorable à la dissémination du virus dans l’hémisphère Nord (automne).
- Une extinction du virus nouveau qui disparaîtrait complètement (situation déjà observée pour le virus du SRAS, il y a quelques années)

Malgré une très bonne connaissance de cette maladie et des virus responsables on voit qu’il existe, comme dans toute situation épidémiologique impliquant une entité biologique soumise à des conditions environnementales évolutives, de nombreuses incertitudes quant à l’évolution immédiate et à moyen terme. Les décisions à prendre sont d’autant plus difficiles lorsqu’il s’agit d’un phénomène généralisé à l’ensemble de la planète.  Il faut retenir que les mesures de protection individuelles simples seront en cas de besoin sans doute les plus efficaces et que par chance nous sommes pour l’instant confrontés à un virus qui ne semble pas responsable d’un nombre important de grippes graves ou compliquées.

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