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Dr Bruno Froissart

Dr Bruno Froissart

Hépatologue

Grenoble

Les angiomes rubis sont trés fréquents et se voient en dehors de toute pathologie hépatiqueLes angiomes rubis sont trés fréquents et se voient en dehors de toute pathologie hépatique

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Foie et peau Article au format PDF

Foie et peau

Il existe peu de champs de la connaissance médicale où les données académiques sont à ce point différentes des idées qui prévalent dans la population générale, et donc dans les lieux physiques ou virtuels où prospèrent ceux qui font profession de vivre d’idées fausses, parfois en toute bonne foi…

La cause de ce malentendu est peut être la manifestation clinique la plus connue, et la plus visible, d’un « problème de foie », je veux parler de l’ictère, connu sous le nom de jaunisse dans le langage courant. Ce terme traduit la couleur jaune de la peau, liée à l’excès dans le sang, et partant dans tous les tissus dont la peau, d’un constituant majeur de la bile, la bilirubine. Cette augmentation dans le sang et dans la peau de la quantité de bilirubine est retrouvée dans un grand nombre de maladie du foie.

C’est peut être cette manifestation fréquente d’un dysfonctionnement hépatique, par son caractère très visible, qui explique une croyance répandue, que l’on pourrait énoncer ainsi : « ma peau est malade car mon foie ne fonctionne pas, (ou est engorgé, ou encore paresseux) ». L’idée (fausse !!) étant que cet « engorgement du foie » s’accompagnerait d’une nécessité pour la peau de prendre le relais, en temps qu’organe de nettoyage, pour l’évacuation d’impuretés, les manifestations cutanées visibles étant la conséquence de ce déplorable état de fait…

Cette explication est souvent invoquée devant une acné, des rougeurs diverses, un teint brouillé…

Toujours est il que cette hasardeuse association d’idée foie-peau permet de proposer toute une gamme de produits, allant de régimes dits dépuratifs à divers élixirs de Jouvence, volontiers à base de plante, dont la caractéristique générale est d’être totalement inefficaces, ce qui au demeurant n’a pas beaucoup d’importance car ils sont censés traiter une maladie qui n’existe pas !!

L’approche médicale est plus rébarbative, et moins spectaculaire :

Les fonctions du foie

La fonction de synthèse : le foie irrigué par le sang issu de la vascularisation intestinale, est en première ligne pour prendre en charge les différentes substances, issues du passage à travers la paroi intestinale des aliment digérés. Ces substances sont rarement utilisables sous leur forme initiale par l’organisme et une étape de transformation dans le foie est le plus souvent nécessaire afin qu’elles soient intégrées à l’organisme.

La fonction d’élimination : le foie, un peu comme le rein, est susceptible de capter dans le sang des produits issu du métabolisme (fonctionnement) de l’organisme et, souvent après les avoir transformés, les éliminer dans la bile puis dans les intestins. C’est l’exemple de la bilirubine.

Ces deux fonctions principales permettent de comprendre le caractère vital du fonctionnement hépatique, puisqu’en son absence un décès rapide survient tant par insuffisance de production des protéines nécessaires à la vie que par défaut d’évacuation des toxines.

En France les causes de maladies du foie les plus fréquentes sont l’alcool pour l’essentiel (elle explique encore 70% des cirrhoses), les autres causes fréquentes sont l’hépatite C (1% population générale), l’hépatite B (0.7 %), les maladies génétiques (hémochromatose primitive 0.4%).

Il faut faire une place à part pour signaler l’émergence rapide, presque explosive, des maladies du foie liées au surpoids (30% de la population générale) et à l’obésité (10%). Il est à craindre que dans les années à venir ces maladies soient les plus fréquentes des maladies du foie.

C’est bien sur en rapport avec ces causes fréquentes qu’il faut considérer les manifestations cutanées éventuellement associées.

Manifestations cutanées de maladies hépatiques:

LE PRURIT : les causes hépatiques d’ictères, qu’il s’agisse d’une insuffisance de fonctionnement hépatique (hépatite aigué grave ou cirrhose), d’un défaut d’évacuation de la bile (obstacle sur les voies biliaires, calcul ou autre), peuvent s’accompagner de démangeaisons, parfois très sévères, sans lésions visibles sur la peau, liées probablement à la présence de sels biliaires dans la peau. Ces démangeaisons peuvent survenir avant la coloration cutanée et sont très facilement rapportées à leur cause hépatique par une prise de sang.

LES ANGIOMES STELLAIRES : la présence en grand nombre de ces malformations vasculaires siégeant dans la peau, et se caractérisant par la présence d’un peloton de petits vaisseaux rouges issus d’une zone centrale, est volontiers retrouvée dans les cas de cirrhose. Ils existent bien évidemment en dehors de toute maladie du foie et n’ont, isolément, aucun caractère spécifique.

LES MANIFESTATIONS CUTANEES DES HEPATITES VIRALES : Elles peuvent précéder les signes en rapport avec l’atteinte du foie, il peut s’agir d’une éruption liée à la phase initiale d’une hépatite aigué B (urticaire). Dans l’hépatite chronique C il peut s’agir d’une urticaire, de phénomène de Raynaud (décoloration des doigts, souvent douloureuse, en rapport avec un défaut d’apport sanguin à ce niveau), de démangeaison en cas de lichen plan (papules violacées, sur la peau, lésions blanchâtres en dentelles dans la bouche) souvent associé aux hépatites chroniques C. D’autres symptômes existent, ils sont exceptionnels.

LE FAUX BRONZAGE DE L’HEMOCHROMATOSE : cette maladie génétique, entraînant une surcharge en fer dans tout l’organisme, peut être responsable d’une maladie du foie, pouvant aller jusqu’à la cirrhose, le dépôt de fer et les dépôts mélaniques dans la peau entraînent une coloration brune grisâtre sur les zones découvertes mais également les organes génitaux et les cicatrices. L’ancien nom de diabète bronzé est en rapport avec cette particularité et la fréquente association au diabète.

LA PORPHYRIE CUTANEE TARDIVE : il s’agit d’une maladie se manifestant par une fragilité cutanée, des bulles sur la peau, aboutissant à des décollements de la peau, les lésions prédominent sur les zones exposées au soleil. Cette maladie est souvent associée à des perturbations du fonctionnement du foie, ces perturbations peuvent être liées à une consommation excessive d’alcool, à une surcharge en fer ou à une hépatite virale (hépatite C).

D’UNE MANIERE GENERALE : beaucoup de maladies qui touchent l’organisme dans son entier s’accompagnent évidemment de signes au niveau de la peau et du foie, ce sont des maladies rares.


Manifestations hépatiques des traitements antiviraux:

L’essentiel du problème est en rapport avec l’usage de la Ribavirine dans le traitement des hépatites chroniques C, a minima il s’agit d’une sécheresse cutanée, utilement combattue par des produits hydratants, il s’agit parfois d’un prurit qui peut être très gênant, d’autre complications rares peuvent survenir.


Manifestations hépatiques des traitements dermatologiques:

Dans le traitement de l’acné, la prise d’ isotrétinoïne (plus connue sous le nom de Roaccutane), de même que celle de certains antibiotiques, peut entraîner une discrète inflammation hépatique, sans gravité le plus souvent. Elle doit être dépistée et surveillée (par des prises de sang régulières) en raison de cas d’authentiques hépatites, liées au médicament, et qui nécessitent l’arrêt du traitement.
De même, la prise orale de terbinafine (Lamisil) pour certaines mycoses cutanées ou onychomycoses, doit être accompagnée d’une surveillance des tests biologiques hépatiques.

Malgré le caractère spectaculaire de cette « jaunisse » qui expose, sur la peau, la manifestation évidente du dysfonctionnement d’un invisible et mystérieux viscère, on voit bien que rechercher dans une maladie du foie l’explication à un problème cutané ne sera que rarement couronné de succès !

Pourtant le foie et la peau ont en commun une particularité : la grande majorité des troubles graves qui les affectent sont en rapport avec des facteurs de risques liés au mode de vie : le soleil pour la peau, l’alimentation et l’alcool pour le foie. C’est l’usage harmonieux/parcimonieux de ces plaisirs qui, finalement, sera le meilleur protecteur de nos cellules, hépatiques ou cutanées !

 

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